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La paix sociale au Bénin aussi, pays prétendument chérit des dieux d’ici et du ‘’Très haut’’ lui-même, reste un chantier précieux parce que précaire, fragile et vulnérable.

Je sais, et je ne suis pas le seul, que les cellules communales de mobilisation d’un électorat pour la victoire du Président Patrice Talon sont constituées presque exclusivement des jeunes de 18 à 35 ans.  C’est la tranche d’âge la plus dynamique de toute société active. Chez nous, elle représente 57 à 65% de la population et fait plus de 75% de l’électorat béninois. C’est dire le poids de l’espérance dans le succès de notre candidat, devenu heureusement (il faut encore y croire) le Président de tous les béninois.

Je n’ai pas souhaité me prononcer sur les 100 jours de la gouvernance actuelle malgré les sollicitations et les pressions sympathiques, pour laisser notre classe politique dans son ensemble jouer son rôle : Mettre en débat les questions d’actualité et, si nécessaire, opposer aux démarches et décisions du gouvernement, des propositions pertinentes. Je fais, avec bien de mes concitoyens, le même constat du silence complice, passif et nocif ; le même silence qui a favorisé pendant dix putain d’années le grossissement des perversions d’un Yayisme que nous venons de virer à coup de pompes dans le postérieur malgré les présages et les prédictions les plus apocalyptiques. Et le ciel nous en a rendu grâce en déversant sur notre pays une pluie glaciale et abondante… sacré peuple béninois ! Faut-il pour autant nous croire à l’abri des diableries et des malédictions terrestres au point de retourner constamment dans la fournaise tirer la bête par la queue ?

Pourquoi jouer avec le feu ?

Alèkpéhanhou, l’une des écoles de notre répertoire musical national nous déconseille d’aller nous étaler au milieu de la route parce que le talisman ‘’contre-accident’’ de grand père est dans notre poche. Il y a une règle connue de tous les dirigeants du monde : la jeunesse est une poudrière. Ben Ali et Blaise Compaoré l’ont appris récemment à leurs dépends. Est-il nécessaire de rappeler que le meilleur terreau où prospèrent les colères et les entreprises malheureuses c’est la frustration ? Une succession de frustrations est un trop grand risque que nous faisons courir à notre pays. C’est pour cela que l’invalidation de l’année universitaire à la FLASH me semble représenter une menace pour la paix sociale.

Pour l’instant, avançons quelques questions, pour faire court. Les raisons, les prétextes et les fuites de responsabilité seront développés dans une prochaine tribune.

Depuis l’avènement du régime de la Rupture l’on a annulé les concours dits  frauduleux (…). Qui sont ceux que cette décision pénalise ? Les jeunes.

… l’on a déclaré échoués aux différents examens, 60% au CEP, 84% au BEPC, 70% au BAC . Qui sont ceux que cette décision pénalise ? Les jeunes.

… l’on a ‘’supprimé’’ 18 universités sur 22. Qui sont ceux que cette décision pénalise ? Les jeunes.

… l’on a bastonné et ‘’gazé’’ des jeunes au nom d’une ligne rouge que personne ne voit. Qui sont les victimes de cette maltraitance? Les jeunes.

Non satisfait de prononcer l’exclusion de 21 étudiants pour 5 ans, l’on vient d’invalider l’année universitaire pour plus de 50000 étudiants. Qui sont ceux que cette décision pénalise ? Les jeunes.

Je pense que c’est trop. Tout ceci dans l’intervalle de trois mois, c’est beaucoup trop. Cela frise de l’acharnement et même de la provocation. Un tel laisser faire est une grave menace pour la paix sociale dans notre pays. Le gouvernement devrait s’inquiéter du silence des chapelles politiques ; elles sont muettes dans l’espérance que ça tombe pour s’en emparer, comme le loup de Jean de La Fontaine.

Le pourrissement ne choisit pas sa cible.

Notre pays me semble-t-il, est gouverné pour le mieux être de nous tous. Le but ultime de toute gouvernance c’est l’épanouissement du peuple sinon elle n’est pas légitime. L’attitude affichée par l’apôtre du mandat unique ne ressemble pas à celle d’un Président préoccupé par la situation. Plus clairement, le chef de l’État donne l’impression de n’avoir rien à craindre, même pas une jeunesse à laquelle il doit pourtant son fauteuil. Ceci n’est pas de nature à créer un climat de dialogue et de paix dans notre pays.

J’insiste, la RUPTURE est advenue grâce aux jeunes. Il est pour le moins étrange qu’on les remercie de la sorte. Quand on a laissé proclamer des résultats qui attestent que 70% des jeunes béninois sont médiocres et méritent d’échouer, quand on laisse des policiers bastonner les jeunes qui essaient de se faire entendre, quand on laisse un recteur tout puissant invalider une année d’étude pour plus de 50000 jeunes, on prend le risque de se mettre à dos les parents de tous ces jeunes échoués, bastonnés, renvoyés, ‘’gazés’’, bloqués. L’on prend le risque d’amplifier le chômage des jeunes, la délinquance juvénile, le débrouillardisme et le banditisme. La misère s’accroit. L’insécurité s’installe. La paix que nous chérissons avec fierté et sourire malgré nos malheurs secrets fichera le camp.  Est-ce le but ?

Ousmane ALEDJI